Thaïlande du Nord en trial (Triangle d’Or), sept. 2011

Une femme Ah-Kha dans sa culture maraîchêre,

L’Inde et ses millions de caractères et caractéristiques, toutes abordables et mis à la disposition du voyageur curieux mais bien éduqué s’est révélée encore une fois un instant de dingue. Et quand l’eau te vient à la bouche et que tu te trouves sur les plages thaïlandaises du Sud entourées de phalang (touristes en thaïlandais), c’est sympa, bien posé et accueillant mais certains y trouvent vite leurs limites. La solution : prendre un vol domestique sur Chiang Mai et enjamber une bécane trial.

Donc voilà 2-semaines dans le Nord entre Chang Mai, Chang Rai, Mae Sai, Chiang Khong et Huey Sai. Au fait t’es en plein cœur du Triangle d’Or, lieu symbolique où la Thaïlande, la Birmanie et le Laos se côtoient de fait sur un triangle formé des deux rives du Mékong et une troisième rive d’un affluent du nom de Ruak qui s’écoule depuis les montagnes birmanes, à son delta. La Chine, elle, est à une vingtaine de kilomètres en amont.

Les frontières du Triangle d’Or: en face la Birmanie, rive gauche Laos, et photo prise de rive droite en Thaïlande. La Chine se trouve à environ 20km. en amont du Mekong ci-dessous.

Le monde entier a entendu parler de cette région, située légèrement en attitude, à quelques centaines de mètres (env. 500m. au plus bas), ce qui lui confère un climat plus modéré aux chaleurs estivales et chthoniennes des terres en contrebas. Toutes les rivières plus ou moins grandes qui sillonnent les plaines jusqu’au Golfe de Siam (Mer de Chine, Océan Pacifique) trouvent leurs sources dans les vastes collines et montagnes du Nord, recouvertes aujourd’hui encore d’une épaisse jungle.

Je pose mon sac dans les collines montagneuses occupées par les Ah-Kha, à proximité de Chang Rai et qui occupent le rivage côté Est de la rivière Mae Kok, alors que l’autre est occupé par les Karen. Pour information, la Mae Kok se jette ensuite dans le Mékong voisin. Il faut parfois des heures de routes pour atteindre les différents lieux que l’on souhaite approcher, les rizières s’étendent sur des centaines de kilomètres et la vie avance un pas après l’autre. Surtout quand la moisson sévit encore, et cette année elle s’illustre de manière bien avérée, quasi méchante !

Ça m’est arrivé de passer 12-heures sur ma bécane pour mener à bien ma journée, et des villages totalement inondés qu’il fallait traverser ! L’eau parfois jusqu’aux genoux, à pousser la moto pour ne pas noyer le moteur. Bien sûr que la plupart des maisons sont alors sur pilotis, dans des terres rizicoles en cuvette exposées à la montée des eaux. Chaque jour je prépare les itinéraires avec les gens du guesthouse, et après quelques bières, une bonne assiette et déconnade c’est départ ! Il y a des lieux que l’on ne visite pas, si ce n’est en étant accompagné de guides locaux et en y déversant des milliers de dollars. Pas pour moi ! Leurs consignes et directives sont à écouter, et appliquer sans trop rechigner ou chercher les raisons du comment et du pourquoi. Comme souvent aussi constaté au gré et au fur des voyages, c’est une population qui souhaite maintenir intactes ses valeurs et mode de vie.

Leurs terres, hargneusement acquises, comme le sont souvent les régions frontalières, sont le fruit d’intenses conflits, labeurs et grosses sueurs froides (et qui perlent encore le long du front). Faites de guerres, de conflits sans merci et de convoitises, dont l’exemple le plus récent (et compréhensible de tous) est la libération de l’Indochine. La culture du pavot, autrefois largement répandue est aujourd’hui totalement interdite et strictement prohibée côté thaïlandais. Son commerce a contribuée à la richesse et au développement de la région donc vaillamment combattue pendant la fin de XIX-ème et le XX-ème siècle.

La région autour du Triangle d’Or, pays principalement Ah-Kha et Karen, ainsi que d’autres groupes ethniques également, mais moins influents, doivent faire face à plusieurs dilemmes alors que nous entrons dans le III-ème millénaire. Leur mot d’ordre est de perpétrer les valeurs, continuer à vivre comme ils l’ont toujours fait en s’informant auprès des anciens et des ancêtres, le plus loin possible de la société de consommation. C’est ce qui ressort ou est mis en évidence lorsque l’on converse avec eux. Evidemment conscients qu’ils sont intégrés à la nation thaïlandaise, ce qui entraîne son lot de devoirs et obligations, la cohabitation est pacifique malgré quelques heurts ; ceci étant principalement dû aux excès de zèle du gouvernement central de Bangkok, cherchant à instaurer de nouvelles taxes ou réglementations par exemple, et que la gent locale n’est pas disposée à courber l’échine.       

Quelques panoramiques,

Si un habitant souhaite s’essayer à un destin plus fougueux et haletant, bref tenter sa chance ailleurs, les frontières sont juste à côté. Chang Mai, grosse bourgade et capitale du Nord, à un maximum de 5-heures de route, ou encore Chang Rai, remplissent parfaitement cette fonction. Leurs écoles, universités, administrations et places de travail accueillent les jeunes de la région, le Nord de la Thaïlande étant encore pour ainsi dire recouvert de forêt et figé dans le temps .

Tout cela, avec les films, reportages et documentaires, et ses mythes solidement ancrés (opiacés, dolce vita, terres de cocagne) sont déjà inscrits dans l’inconscient collectif et font partie du domaine public. Pas besoin d’en rajouter. Bref un voyage dans le Nord de la Thaïlande, c’est un peu de l’aventure sans risque et accessible à tous, sur un terrain sécurisé et balisé par le temps. Y a du vrai et aussi du faux !

J’arrive à mi-septembre, c’est-à-dire à la fin de la mousson et en transit vers l’été. La bécane est la meilleure des solutions pour celui qui cherche plus la liberté et l’autonomie que la file des touristes qui se déversent en quelques jours sur les sites touristiques.

Autre information, les Karens sont peut-être les meilleurs cultivateurs de riz (de la planète) et leur économie en dépend largement (qui a remplacé le pavot) alors que les Ah-Kha privilégient les jardins privés et cultivent thé, café, riz, fruits et légumes ainsi que leur viande. Les femmes Karen ont une réputation de fidélité et beauté alors que les hommes Ah-Kha de virilité, travail et d’honneur. C’est d’ailleurs un mariage mixte plus que soutenu par leur culture, soit une femme Karen qui choisit pour époux un homme Ah-Kha.

Place maintenant aux images: Le pays Ah-Kha,

Le pays Karen,

Le Triangle d’Or,

Les portraits,

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